Sondage JDD : Dans le même bateau

Publié le par Lannig

Par Jean-Luc PARODI (*)
C'est bien un triple échec pour le pouvoir exécutif qu'enregistre le nouveau baromètre Ifop-JDD: échec de popularité (- 7 de satisfaits et + 6 de mécontents pour Nicolas Sarkozy), échec de communication (la partie de l'enquête effectuée après ses interventions est encore plus basse que celle faite avant), échec global de l'exécutif, enfin, puisque François Fillon enregistre, avec - 5 de satisfaits et + 5 de mécontents, ses niveaux record depuis sa nomination à Matignon.

Pour Nicolas Sarkozy, cette baisse particulièrement forte le fait redescendre à 37% seulement de satisfaits, soit à peine plus que les 36% d'avril et 35% de mai 2008. Encore, à l'époque, ce bas niveau présidentiel était-il nuancé par les bons scores majoritaires du Premier ministre, à 52% et 51%. La baisse présidentielle est particulièrement forte chez les 18-24 ans (-11), les salariés du service public (-9,22% seulement de satisfaits: un record) et les femmes (-8). Politiquement, toutes les familles politiques, à l'exception de l'UMP, sont massivement critiques: 70% de mécontents au MoDem, 72% chez les Verts, 75% au FN, 87% au PS et même 98% au PC.

Les jugements sont d'autant plus sévères que, à en croire les personnes interrogées par l'Ifop, la communication présidentielle marche mal. Il y a d'abord ceux, surtout à gauche, qui ont déjà progressivement "coupé": "Quand je le vois à la télé, je change de chaîne." Puis ceux qui mettent en cause le timing de ses interventions: "Je trouve qu'il parle quand il ne faut pas et que, quand il faut parler, il est absent" et, sur ce plan, le retard à intervenir sur la Guadeloupe est très fréquemment cité. Mais, surtout, chez ceux qui l'écoutent et le regardent encore, on est frappé par la difficulté à citer un point précis; d'où le sentiment "qu'il propose trop de choses en même temps; qu'on veut tout faire tout de suite" et que "finalement, on n'aboutit pas". Conséquence de ce sentiment "qu'il va un peu dans tous les sens, qu'il éparpille, que ce qu'il fait est un peu flou: actuellement, j'ai l'impression d'être dans un tunnel".

Fui par les uns, mal écouté par les autres, incompris par beaucoup, éparpillé souvent, absent trop longtemps là où on le voudrait présent, le Président a visiblement besoin de recentrer et de hiérarchiser les éléments de sa communication. Et c'est d'autant plus nécessaire que le coussin protecteur que constituait paradoxalement jusque-là son Premier ministre est en train de s'effilocher. Avec 46% seulement de satisfaits et 52% de mécontents, François Fillon est entré à son tour dans la zone des tempêtes: inférieur de 3 points à son précédent record de 49% de satisfaits en décembre et surtout supérieur de 5 points en taux de mécontentement à ses précédents records d'avril 2008 et janvier 2009.

Comme toujours, ce sont les sorties de crise qui donnent la signification et la mesure de l'ampleur des débats provoqués par ces crises. Mais, avant d'en sortir, il faut les gérer, et il n'est pas sûr que les qualités de Nicolas Sarkozy et les stratégies qu'il avait choisies pour temps calmes à ses débuts soient toujours les plus adaptées pour la traversée des temps difficiles.

(*) Jean-Luc Parodi, directeur de la Revue française de science politique, consultant Ifop.

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