latelelibre.fr : Nicolas Sarkozy veut jeter "Mai 68" à la poubelle

Publié le par Lannig

Depuis des années, je pose la même question à Nicolas Sarkozy, « de quelle idéologie vous réclamez-vous ? », à chaque fois il refuse de me répondre, ou s’en tire par une boutade du genre, « je ne suis pas d’une secte, je suis pragmatique ! ». Et pourtant le 29 avril 2007, à Bercy devant près de 20 000 militants (intérieur + extérieur), deux pages de son discours (sur dix et demi), étaient consacrées à démolir tout l’héritage du mouvement de libération né au printemps 68 : “Mai 1968 nous avait imposé le relativisme intellectuel et moral”, a-t-il déclaré et pour lui, il faut désormais “tourner la page” et “liquider” cet “héritage”. Cette fois, la charge idéologique est claire, et je vous propose d’ouvrir un débat ici même. Au risque de choquer, et en premier l’intéressé lui-même qui fustige le « laxisme » issu des idées de 68, N.Sarkozy serait pour moi plutôt un « gauchiste de droite ». Comme les gauchistes de mai 68, Sarkozy est un rebelle à l’autorité en place. Comme eux, il a prôné « la rupture » et prétend briser les tabous. « Il est interdit d’interdire », pourrait-il taguer sur les murs, lui qui s’est longtemps vanté d’ouvrir les débats que les autres, qu’il qualifiait de conservateurs, et qui selon lui avaient jusque là, étouffé les questions difficiles. « Jouir sans entrave », clamaient les baby boomers qui en avaient assez d’un société qui considérait le plaisir comme un pêché… Pour Nicolas, se serait plutôt « réussir sans entrave », car la comparaison s’arrête là. Pour les utopistes du printemps de mai, il s’agissait de construire une société de l’amour et du partage, pour Sarko c’est la société de la réussite individuelle, et la sienne en particulier, qu’il met en avant… Je suis moi-même assez critique sur une des dérives de cette époque : la tentative de remise en question de la Famille, plaçant symboliquement l’enfant au niveau d’une personne égale à ses propres parents. Enseignant (remplaçant) pendant quelques années au collège, puis père de famille, j’ai toujours été partisan d’un dialogue constant, mais sur la base de certaines règles d’autorité, qui permettent à l’enfant de se sentir à sa place, et donc en sécurité, protégé par ses parents et les adultes en général. Par contre, le souffle de libération de cette époque ne peut être balayé ainsi. Un seul exemple : un des grands acquis de mai 68 restera l’émancipation des femmes, une lutte contre les tenants de l’ordre établi qui permettra l’accession la contraception et au droit à l’avortement. Les femmes ont ainsi obtenu le droit de planifier leur carrière afin de faire des études et d’accéder à une indépendance financière, jusque là réservée aux hommes. Plus largement, ce mouvement mondial a modernisé profondément la société, permettant à l’individu de choisir sa vie, et ainsi de s’émanciper du déterminisme de ses origines sociales et culturelles. Malgré certains errements, Mai 68 fut un formidable élan de générosité et de liberté. Annoncer, comme le candidat de droite vient de le faire, qu’il veut faire table rase de ce passé, est un projet politique. Mai 2007, la fin de mai 1968? John Paul Lepers

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