Crise financière : un week-end politique historique

Publié le par Lannig

Les marchés boursiers vont fermer pendant deux jours, offrant un bref répit dans une période tendue. Les politiques ont donc deux jours pour accoucher d'un plan d'action fort et coordonné, au minimum au niveau du G8, voire au-delà avec les pays émergents. Que peuvent-ils proposer ?

par Christian Chavagneux, rédacteur en chef adjoint d'Alternatives Economiques

Les réunions politiques vont se succéder à Washington ce week-end à l'occasion des rencontres annuelles du FMI et de la Banque mondiale. Un certain consensus semble se dégager le vendredi 10 octobre pour une généralisation du plan mis en œuvre jeudi par Gordon Brown le Premier Ministre britannique. Il repose sur trois points :

- Débloquer le marché interbancaire à court terme : puisque les banques ne veulent plus se prêter d'argent à court terme, les banques centrales doivent annoncer conjointement qu'elles fourniront des liquidités de manière illimitée. Certaines, comme la Banque centrale européenne (BCE), l'ont déjà fait. De plus, chaque gouvernement doit proposer à ses banques d'échanger des actifs illiquides, qui ne trouvent pas preneur, contre des bons du Trésor, sans risque.

- Débloquer le financement de moyen terme : puisque les banques ne veulent pas se prêter d'argent à moyen terme et que les entreprises commencent également à souffrir de la situation, les Etats doivent garantir les émissions d'obligations à moyen terme, de quelques mois à trois ans. Si la banque ou l'entreprise fait défaut, c'est l'Etat qui remboursera la dette ainsi contractée. La Fed, la banque centrale américaine, a même annoncé il y a quelques jours qu'elle est prête à acheter directement ces obligations si elles ne trouvent pas preneurs.

- Il faut recapitaliser les banques importantes et saines : les Etats doivent renflouer le capital des banques qui ne trouvent plus d'investisseurs. Une nationalisation partielle qui redonne de l'oxygène au bilan des banques et leur donne des réserves à mettre en face de leurs actifs risqués.

Ces trois mesures ont, pour certaines d'entre elles, déjà été prises dans tel ou tel pays. L'idée d'un plan mondial de lutte contre la panique boursière consiste à ce que tous les pays annoncent ensemble qu'ils prennent tous, en même temps, les trois mesures. Le moment pour le faire est crucial. Car les marchés semblent proches de ce que les traders appellent la « capitulation », c'est-à-dire le moment où les ventes d'actions et les chutes de cours ont été telles que tout ce qui est sur le marché devient une bonne affaire. La chute brutale des marchés japonais et émergents montre, en effet, que les investisseurs ont largement puisé dans leurs portefeuilles et pourraient être arrivé au moment où ils ne veulent plus se dessaisir de ce qui leur reste. A ce moment-là, ceux qui veulent racheter sont plus importants que ceux qui veulent vendre, et le marché repart. Les mauvaises perspectives de croissance font que les Bourses ne pourront s'envoler. Mais la panique pourrait être maîtrisée.

Les dirigeants politiques du G8 et, au-delà, des principales places boursières mondiales, s'engagent dans un marathon politique historique. Seront-ils à la hauteur de la plus grave crise financière de l'histoire ?

Christian Chavagneux
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Publié dans Economie

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