marianne2007.info Débat Bayrou-Royal: l'Etat-Sarko est déjà en marche!
Dernière minute ;
Peut-on encore espérer un débat public entre Ségolène Royal et François Bayrou ? Ou bien son annulation sera-t-il la première manifestation, avant l'heure de ce que sera « l'Etat-Sarkozy ». Le débat Bayrou-Royal aura bien lieu demain à 11h sur BFM TV et RMC
"L'UDF, le PS et le CSA se sont mis d'accord pour l'organisation du débat. Il aura bien lieu demain, entre 11h et 12h30, à l'hôtel Westin-Intercontinental et sera retransmis sur BFM TV et RMC."
Par Philippe Cohen, journaliste à Marianne.
Les règles de la démocratie télévisuelle ont bon dos. Elles représentent surtout l'intérêt, pour Nicolas Sarkozy, d'éviter qu'un débat entre Ségolène Royal et François Bayrou ne fasse apparaître que les convergences sont aussi importantes que les divergences entre les deux candidats, ce qui est sans doute la seule chance de lui barrer la route de l'Elysée. Alors, Sarkozy verrouille. De tous côtés. Côté presse quotidienne, il a suffi que le candidat de l'UMP annonce son refus de participer au forum organisé par le Syndicat national de la presse quotidienne régionale pour que son président renonce à toute velléité. Des pressions politiques ? Que nenni ! Chaque candidat est libre se son agenda ! Sarko n'est pas Bayrou-compatible et cela suffit à priver les citoyens qu'un fonctionnement minimal de la démocratie impose pourtant.
Après le Spqr, ce fut au tour de Canal + de se déculotter. Là encore, Sarkozy « n'a rien fait ». Son staff s'est contenté de faire savoir aux dirigeants de Canal+ qu'il ne répondrait à aucune invitation destinée à compenser, en termes de temps de parole, l'organisation du débat Bayrou-Royal. Le CSA ne semble être pour rien dans cette affaire, qui a démenti toute intervention. L'entière responsabilité de l'annulation du débat revient donc à Bertrand Méheu, le patron de Canal+, peut-être en concertation avec le Pdg du groupe René Fourtoux, malgré les dénégations de son directeur général Rodolphe Belmer : « Je récuse formellement toute pression. Canal+ est une chaîne totalement indépendante. On le prouve tous les jours. C'est quelque chose qu'on ne peut pas accepter ». La chaîne aurait, selon lui, renoncé au débat en raison d'« un problème extrêmement trivial: "l'équilibre du temps de parole" ». Or, l'argument ne tient pas : rien n'empêchait Canal+, en cas de refus de Nicolas Sarkozy, de planter ses caméras à un ou deux meetings du candidat de l'UMP pour compenser la demi-heure de temps de parole concédée à Ségolène Royal. Seulement, pour cela, il eut fallu que la direction du groupe ne dépende nullement de l'Etat à aucun niveau. Il eut fallu que Nicolas Sarkozy ait donné l'impression de pouvoir devenir un président magnanime capable de ne pas sanctionner ceux qui n'ont pas obtempéré à ses vœux de candidat. Il eut fallu que l'espace médiatique soit vraiment indépendant des milieux financiers et politiques. En l'occurrence, le groupe Canal+ et la presse quotidienne régionale ont fourni la plus belle illustration qui soit aux accusations qu'a porté François Bayrou contre le système médiatique.
A l'heure qu'il est certains médias – BFM, Libération, Marianne – tentent d'organiser ce débat, ce qui n'est pas sans poser des difficultés dont aucune n'est insurmontable du moment que la volonté politique subsiste parmi les staffs de Royal et Bayrou. Rien n'empêcherait non plus les chaînes parlementaires de se joindre à ce « bouquet médiatique ». Mais tout laisse plutôt à penser que son Pdg, Jean-Pierre Elkabbach se prépare à un week-end de détente loin de toute cette agitation. Mettez-vous à sa place : entre le destin qui l'attend si Sarko est élu et le risque de voir son nom à nouveau scandé place de la Bastille le 6 mai, le choix a dû être rapide…
Vendredi 27 Avril 2007
Philippe Cohen
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